Marcel Proust avait magnifiquement décrit, à partir d'une simple madeleine plongée dans son thé, les réminiscences d'un passé
parfois tumultueux, parfois de plaisirs dans son oeuvre "A la recherche du temps perdu".
Rien que le titre est évocateur...
Aujourd'hui, en rangeant de vieilles affaires, je suis tombé sur une lettre que m'avait écrite mon ex lors d'une de ces périodes troublées annonçant une fin non désirée, une sorte de cri de
détresse que je n'ai su ou pu comprendre, interpréter, analyser.
Ce fût telle une madeleine: des images, des sons, des odeurs resurgirent, des rires, des larmes aussi, tels ces bouts de madeleines détachés, se mêlant à ce fameux thé du souvenir et agités par
cette cuillère tourbillonnante que l'on commande, le regard rêveur, pensif.
On repense aux musiques, aux voyages, aux aventures et aléas de la vie partagés ensemble.
Symbole étrange que j'ai failli déchirer car trop douloureux, mais non, impossible d'accomplir cet acte. Alors on se demande pourquoi? Pourquoi aujourd'hui? Pourquoi maintenant? Pourquoi tout ça?
Est-ce un signe? Sûrement si on ne crois pas au hasard.
Certes, mais comment interpréter ce signe que l'on prétend, que l'on veut croire comme étant du Destin?
Doit-on effacer de sa mémoire un passé, un temps somme toute mélodieux ou au contraire essayer de le rechercher, de le rattraper?
Mais un passé ne se rattrape pas, ne se retrouve pas, on le sait. Il est et restera dans nos mémoires.
Alors, on se dit à quoi bon? Autant se dire que "c'est réglé", derrière nous!
Mais voilà qu'une compulsion soudaine, inattendue, imprévue nous pousse à aller plus loin dans cette satanée nostalgie en recherchant des disques qu'on se plaisait à écouter ensemble, des photos
de voyages aventuriers, souvent cocasses. Alors, on réécoute, on regarde à nouveau et la magie des neurones fait ressortir des détails oubliés, enfouis aux fins abîmes de notre conscience. Des
flashes, des mots, le visage souriant ou triste de l'être qu'on a tant aimé, tant chéri, tant protégé mais qu'on n'a pas su garder par égoïsme, par cécité et surdité chroniques, nous rendant
totalement hermétiques à ses cris de douleurs provoqués par une routine destructrice.
Alors on s'en veut, la madeleine devient amère, périmée, on lâche cette cuillère agitatrice et on regarde inéluctablement ces morceaux, nos bribes de souvenirs se décanter, couler vers un fond
qui n'est et ne sera plus jamais accessible.
Le thé refroidit.. On n'a plus envie de le boire, on éteint la musique, on range les photos, on essaie d'oublier l'inoubliable.
On relève la tête, on prend une bonne inspiration en se disant que Proust est un fouteur de merde, on le maudit, on regarde le ciel bleu, on essaie de capter les bonnes énergies pour réussir un
futur incertain, on reprend espoir.
Et puis, on appuie à nouveau sur ce bouton de la télécommande de la platine CD dont le sigle est le symbole de l'avenir et on réécoute ces musiques du temps perdu....
James
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